« Nos consultants phosphorent » épisode 6 : CDI : construisons demain intelligemment

« C’est à peine si le contrat est signé qu’il me réclame déjà une augmentation. » ; « Oui, il fait ses heures, pas une minute de plus. » ; « Dès que je relâche mon attention, c’est sûr qu’il va faire une bourde. » …

« Il m’en demande toujours plus, par contre quand je lui parle d’une augmentation, il n’y a plus personne » ; « Je fais mes heures, après ce n’est pas ma boîte non plus ! » ; « Jamais un signe de reconnaissance quand je fais du bon boulot, par contre dès qu’il y a un problème, il me tombe dessus ! » …

Facile de deviner qui dit quoi… Ces phrases sont stéréotypées ? Oui, pourtant, je vous assure que je les entends régulièrement lors de mes échanges avec les dirigeants et les collaborateurs des entreprises (< 30 salariés) auprès desquelles j’interviens.

D’où vient le problème ? De l’écart entre les attentes de tout un chacun. Patrons et salariés cohabitent au sein de la même entreprise. Mais dans un cas, c’est LEUR entreprise. Dans l’autre cas, c’est LEUR job.

Prenons un exemple pour illustrer ce décalage.

Lorsque vous êtes locataire de votre habitation, vous devez respecter certaines règles (contrat de bail). Généralement vous faites, à minima, ce qu’il faut pour entretenir le bien et vivre dans un logement décent. Libre à vous de faire les (petits) aménagements intérieurs que vous jugez nécessaires pour soigner la décoration, améliorer le confort, etc. À la sortie, il vous est demandé de restituer le bien dans l’état identique dans lequel vous l’avez trouvé en y entrant. Ni plus, ni moins.

Lorsque vous êtes propriétaire de votre logement, vous devez aussi respecter certaines règles (code d’urbanisme). Après, vous pouvez faire à peu près tout ce que vous voulez. L’agrandir, refaire la terrasse, mettre une piscine, poser une cuisine, etc. En d’autres termes, INVESTIR. Pourquoi ? Pour améliorer votre confort dans un 1er temps, bien sûr, mais également pour augmenter sa valeur et en tirer un bénéfice à la revente !

Sacrée différence, n’est-ce pas ? C’est à peu près la même chose entre un salarié et un chef d’entreprise. Un propriétaire n’ira jamais demander à son locataire de refaire le parquet, changer la cabine de douche, encore moins aux frais de ce dernier !

On peut considérer le chef d’entreprise comme le propriétaire et le salarié comme le locataire… de son poste de travail, on comprend alors pourquoi les deux ont des attentes différentes.

Si l’on reste dans cette perspective, imaginons qu’un locataire habite depuis plusieurs années dans le logement d’un propriétaire non-occupant. Il paye son loyer le 5 de chaque mois, entretient le bien, prévient lorsqu’il y a des avaries et il est charmant avec le voisinage. Il est fort à parier qu’il souhaitera accéder à la propriété dès qu’il en aura les moyens. Et ce, peut-être au prix de certaines concessions (éloignement, logement plus ancien, moins bien aménagé…) mais au moins à lui.

Le propriétaire devra à ce moment-là trouver un nouveau locataire. Peut-être avoir son logement vide pendant quelques mois si personne ne se présente ou ne fait « l’affaire ». Dès que quelqu’un répondra aux critères, il pourra y aménager. Qui nous dit que, dans le temps, il sera aussi réglo que le précèdent locataire dans le paiement des loyers ? Aussi précautionneux dans l’entretien du logement ? Aussi respectueux et poli avec les voisins… ?

Le système est comme il est mais tout le monde ne veut pas devenir propriétaire à n’importe quel prix, comme personne ne souhaite payer un loyer ad vitam aeternam.

Alors, imaginons que le propriétaire, ravi de son locataire exemplaire, estime astucieux de le faire rester le plus longtemps possible, dans l’intérêt général. Dans cette hypothèse, il lui propose quelques parts du logement sous une forme se rapprochant des SCPI. Précisément sans avoir de mots à dire sur la gestion du bien. Mais, avec l’opportunité de pouvoir les revendre au moment de son départ. Le propriétaire étant d’office désigné comme le 1er acheteur potentiel et dans tous les autres cas également approbateur du futur locateur/acheteur, l’un et l’autre seraient alors dans une relation gagnant-gagnant !

Il y a certainement des limites à un tel système. Les spécialistes de l’immobilier et du droit les souligneront sans mal. Cependant, ce n’est pas mon propos.

Je pense que vous voyez maintenant où je veux en venir avec cette démonstration ; n’est-ce pas ?

Revenons donc à nos moutons ! Les chefs d’entreprise et les salariés.

Un salarié pourra s’impliquer durablement dans l’entreprise à condition qu’à un moment opportun, il puisse apercevoir des perspectives de gains concrets, tangibles (comme l’est la pierre dans les placements financiers), contrairement aux primes qui sont volatiles et non certaines. Cette solution existe déjà, c’est le salarié actionnaire (minoritaire et non associé). Sauf qu’il ne s’agit pas de solutions telles que le plan d’épargne salariale avant tout adaptées aux grandes entreprises. Non, un salarié actionnaire au sein même d’une TPE ou PME qui, sans pouvoir décisionnel, mesure alors le bénéfice de son investissement professionnel (contribution) par la valorisation de ses parts, le versement d’une dividende annuelle (rétribution) et la plus-value à la revente, le cas échéant.

Un salarié « intrapreneur », forcément plus impliqué car plus responsable de l’avenir de l’entreprise !

C’est une invitation à la réflexion plus qu’une solution concrète. En effet, en l’état, cela semble difficilement applicable au plus grand nombre des petites entreprises. Tout d’abord, une évolution des mentalités vis-à-vis de la répartition du capital en entreprise est indispensable. Ensuite, il est aussi constaté qu’en France, les entreprises sont, pour la plupart, sous capitalisées. Cela étant, de facto, un frein majeur.

Cependant, cette perspective permet d’imaginer une alternative aux limites du CDI dans sa forme actuelle face à la réalité du marché de l’emploi. De donner du change aux craintes et risques du statut d’indépendant. Et enfin de compléter la niche actuelle qu’est le portage salarial.

 

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