« Nos consultants phosphorent » épisode 3 : vive le recruteur-bashing !

Les réseaux sociaux ont cela d’extraordinaire qu’ils permettent à tous d’exprimer leur opinion. Mais ils ont également ceci de gênant : ils permettent à chacun de lire les opinions des autres.

Nous avons tous en tête cette petite phrase d’un homme ou d’une femme politique ou de cette célébrité, sortie de son contexte, à peine tronquée ou exagérée, et devenue virale en quelques clics ! Comme la rumeur, il devient alors plus coûteux en énergie (et en budget comm’) de la démentir ou de l’expliquer plutôt que d’attendre que cela passe.

 

La phrase qui tue…

Cette petite introduction me permet d’aller droit au sujet : le post acerbe de ce demandeur d’emploi, visiblement très agacé de ne pas avoir été retenu, à l’encontre du recruteur qui l’a reçu.

Vu et glané ici ou là (mon éducation ne m’autorise pas à retranscrire littéralement certains noms d’oiseaux dont les recruteurs sont parfois affublés) :

  • « De toutes manières, ces recruteurs n’ont aucune expérience du terrain »
  • « Comment peut-on juger une personne seulement sur un CV ? »
  • « La motivation, ça se prouve au travail, pas en une demi-heure d’entretien »
  • « Mais pour qui il se prend celui-là, à me poser des questions sur ce que j’ai fait avant, comme si c’était ça le plus intéressant »
  • « Les recruteurs sont tous formatés à ne pas prendre de risque, du coup c’est normal que l’économie n’avance pas »

Comment ces phrases peuvent tuer (au sens figuré, bien entendu) ? Tout simplement parce que postées sur son profil LinkedIn (par exemple), elles peuvent être lues par tout le réseau du demandeur malchanceux. Et que, si elle est « likée », commentée ou partagée par un de ces lecteurs, elles peuvent à leur tour lues par les membres de leurs réseaux… Au final, un post commenté une dizaine de fois peut vite avoir une audience de 1000, 2000 lecteurs ou plus, parmi lesquels certainement quelques chefs d’entreprise et recruteurs.

Evidemment, une phrase comme cela, dans son contexte (celui d’un nième refus…), reflète une colère très compréhensible. Mais est-ce que chaque lecteur saura replacer cette phrase dans son contexte ? Et au final, quelle empreinte laisse-t-on dans la tête des membres de notre réseau ?

Je vous rassure, pour cette dernière question, aucune : autant on se rappelle des dernières sorties de Franck Ribéry ou de François Hollande, autant on ne se rappellera pas de ce demandeur d’emploi. Aucune chance d’être « black-listé ». Mais aucune chance non plus de recevoir un message du type : « Pour nous faire pardonner, nous vous offrons ce poste de directeur marketing auquel vous sembliez tant attaché ». Non, aucune chance.

 

Et si je vous disais que pourtant, nous le méritons…

Le métier de recruteur, qu’il soit professionnel comme dans un cabinet de recrutement ou un service RH d’une grande entreprise, ou qu’il soit occasionnel comme le dirigeant de PME, n’a que très rarement l’opportunité d’avoir un feedback sur son activité.

Bien entendu, il a celui de son principal « client », l’entreprise ou le service qui recrute. Il saura lui dire si le recrutement était pertinent, si les délais ont été tenus… Mais qu’en est-il des « autres clients », c’est-à-dire les candidats ?

Souvent positionnés comme des demandeurs, les candidats expriment rarement leur avis sur la procédure de recrutement, sur la pertinence des questions posées ou encore sur la qualité de la relation qui a été nouée avec le recruteur. Au mieux, ils nous adressent un message de remerciement à la suite de l’entretien, évoquant alors leur motivation, ou encore un message de regret suite à un refus de candidature. Mais jamais (ou très rarement) une critique constructive de ce qu’ils ont vécu.

Nos processus de recrutement ne sont pas parfaits. Ils évoluent sans cesse, impactés par l’apport des technologies, les attentes des entreprises, l’évolution des mentalités et de la relation au travail… mais parfois pas assez vite ! Ils ont du mal à prendre en compte la mobilité supposée ou réelle des candidats, les délais de réponse attendus, les informations à transmettre pour bien se positionner sur une offre… Les candidats sont devenus exigeants, comme n’importe quel client, et nos process doivent s’adapter à leurs exigences autant qu’à celles des entreprises.

Alors oui, nous méritons d’être « bashés » ! Nous devrions même exiger ce retour critique de nos candidats, parfois difficile à entendre. Car même si la grande majorité des recruteurs cherchent à faire son métier dans les règles de l’art, nous ne devons pas oublier qu’en face de nous se présentent des candidats qui sont tous potentiellement les talents des entreprises que nous aidons. Et qu’une expérience de recrutement, même si elle se conclut par un refus, ne doit pas être une expérience douloureuse de plus.

 

Par Renaud FREMONT.

 

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